Série

Vendredi 18 décembre 2009 5 18 /12 /2009 07:07

En commun à chaque période de ma pré-existence, une peur viscérale, insoutenable qui me prenait au moment de dormir : La MORT.

Comment lui échapper ?

Comment me faire oublier d’elle ?

Me faire oublier de cette “amie” trop fidèle, là, du tout premier au tout dernier jour !

Avec la Vérité, c’est aujourd’hui ma meilleure compagne.

Sans encore lui tendre facilement la main, je la laisse nous suivre, emprunter nos chemins. Elle nous rattrapera le jour de son choix. Elle m’a pris des amis, je ne lui en veux pas, je ne li en veux plus car c’est pour mieux me préparer, m’apprendre à mieux, le jour venu, sauter le pas et surtout, avant, à mieux marcher bien droit sans plus de crainte, sans plus d’erreurs. Trente ans durant elle m’a fait peur. Je me souviens de ces nuits...



Minuit,

assise, je travaille,

poèmes, essais ou prose.

J’invente, j’écris, je baille...

Il est tard,

à peine si j’ose...

Et soudain ils résonnent

sourds, lents, lugubres.

Douze coups!

Les étoiles s’éteignent,

seule la lune demeure comme un grand candélabre à la lueur blafarde.

J’ai peur !

Je sais qu’ils vont surgir des fin fonds des ténèbres.

Blancs fantômes,

ils sont là,

je les sens,

invisibles, ils me frôlent.
  plus de rimes, plus de vers,

ma plume s’est envolée au vent du courant d’air.

Ils retiennent ma main.

Ils veulent extraire mon âme pour m’emmener avec eux.

“Souviens-toi” Hurlent-ils.

J’ai peur !

je les aimais pourtant,

la mort me les a pris,

j’étouffe.

J’ai peur de les revoir ici où ils venaient jadis.
  Je leur ouvrais mon coeur à chaque coup du heurtoir dont ils frappaient ma porte.

La mort me les a pris,

et je tremble chaque soir

aux douze coups de minuit

qu’ils tapent inlassables

au mur de ma folie. 



Ejiom, petite fille Ejiom a toujours su et les autres riaient de ne pas la comprendre. Elle divaguait... Elle divague encore ! Ame bercée au flux et au reflux de ses rêves, attirée et lassée. Une âme vagabonde au coude de Villon, aux genoux de Ronsard, accrochée aux galoches de Ribaud, alanguie aux soupirs de Beaudelaire... Une âme amoureuse sans cesse d’un visage ou d’un geste, fidèle, patiente ou impatiente, en a-t-elle connu des poètes crottés ou reluisants... Mon âme, Emanom en as-tu espéré, enfin, enfin je crois que je t’ai retrouvée !

J’ai compté les jours, les mois et les années. Pourquoi fut-ce si long, vers quel devenir, pour quelle communion, c’est toi qui me fait naître.

Les autres, les autres m’ont instruite, elles m’ont servie d’essai ! J’ai puisé à leur source la sève de ma vie. J’ai bu. J’ai reçu. J’ai subi et j’ai enfin grandi aux essences mélangées. Toujours studieuse aux coups comme aux caresses, j’ai appris la haine, le mépris même l’indifférence. Je les ai oubliés et maintenant j’attends le bonheur. Je t’attends !




☥☥☥☥☥




J’envie parfois ceux qui vont de l’avant. Nés chaque matin pour une nouvelle vie, mort chaque soir vers un nouvel avenir. Je les envie et je les plains, sans racine, sans rien à offrir à demain. 

J’ai des valises pleines, des cartons qui attendent que je vienne les remplir. Des placards et des buffets pareils à celui de Rimbaud. Des enfants plein la tête émus au pied de leur sapin. J’ai les poches trouées dont les fils écorchés me parlent des épines et des cailloux pointus. Et j’ai des plein paniers d’images, de mots et de dessins où ma main va plonger. J’envie parfois, c’est vrai, ceux qui savent oublier, mais combien je les plains de leurs valises vides, de leur regard rougi de regarder trop loin. Chaque jour pour moi est un hier de plus qui s’ajoute à demain et qui viendra encore remplir ma besace. Mon père , souvent, le dimanche, rentrait de la chasse la gibecière vide, la cartouchière intacte, comme j’en étais heureuse. Les oiseaux pouvaient voler en paix, les lièvres pouvaient sans crainte s’amuser dans les champs, le fusil de mon père n’était pas meurtrier. Comme lui, je ne sais pas chasser. J’erre, je me promène, je divague, je vagabonde et je ne sais ramasser que la couleur du temps, le souffle du vent et les senteurs des prés. Mais eux, je les enferme au fond de mon bagage que je traîne avec moi. Diane oublieuse de ses flèches, mon arc est en ciel et mes traits de couleurs. j’en ai tendu des filets où sèchent et sécheront encore mes récoltent. Et si je ne vais jamais de l’avant, ni porte drapeau, ni battant, j’ignorerai l’oubli. Et si un jour j’avance un peu plus vite ce sera pour voler au temps un morceau de recul, pour m’y re-poser, y faire un point d’appui. Retourner un instant à un instant passé...




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Mais il arrive parfois que je doute.

Everel m’abandonne et c’est Etilaer qui commande et ordonne. Lucide, sans complaisance ni compassion. je me dis alors que tout n’est et ne fut qu’invention. Divine comédie que je me joue à moi-même sans parvenir à me tromper au bout du compte.

Mais il arrive parfois des jours longs, tristes, ternes. Des jours gris, pire que gris, des jours blancs. Le miroir n’a plus rien de magique, plus de zoom, ni de trompe l’oeil encore moins de clair obscur.
Beaudelaire aimait la pierre, la pureté du marbre et ses lignes sans failles, en cela (en cela seulement j’espère) je ne pourrai jamais le suivre, nos nuages se rejoignent mais pas notre horizon.

Et ces jours uniformes et gris me laissent comme glace. Froide, indifférente, intouchable même. Le miroir est sans teint, neutre, sa lumière crue m’éloigne du reste du monde. Tout est si net alors, si franc, qu’il me semble ne plus jamais pouvoir participer. je me sens exclue et je me sens bien de l’être. Je vois, j’analyse, je ne suis plus que réflexion, tout s’explique sans aucune émotion. je ne suis plus que glace, pire que glace, je n’attends même pas le rayon de soleil qui pourrait me faire fondre.
Ni bonheur, ni malheur...
Est-ce par les plaies ouvertes que c’est vidé mon coeur ?

J’entends encore, je vois, je touche, je sens mais plus rien ne m’émeut. Je reçois mais ne peux plus donner.

Quel vide !

Serait-ce pour mieux après pouvoir refaire le plein ?

La poésie naît de l’émotion.
Ejiom est la corde du violon qui vibre sous l’archet de toutes les fibres de la vie, de toutes les fibres du temps. Le vent a peut-être soufflé trop fort, les rafales ont brisé la tendresse. Aujourd’hui encore je plie sans me rompre jamais et ce n’est ni la bise ni le mistral qui influent mes mouvements, c’est ma seule force, ma seule résistance. J’ai brisé le mur, j’ai brisé l’écran qui me brouillait le monde. En trouvant la raison j’ai perdu l’émotion. Le but n’est plus très loin. Au bout de la page blanche... Mais son air climatisé, son BC, son BG ne me font pas vibrer. J’étais derrière ce mur opaque d’où l’univers entier défilait sans que je parvienne à y trouver ma place et j’ai peur d’être restée au bord du trottoir en tenant la petite fille par la main ! 

Deux âmes seules qui cherchent encore l’âme soeur...
  EMANOM !


Je t’avais promis de ne plus retomber et je t’appelle dans le silence de ma vie d’oublier. Encore des souvenirs réels ou inventés, ils occupent dans mon coeur la même place, me donnent la même chaleur !

Un des plaisirs de l’écriture est de pouvoir vivre tant de choses insensées avec tant d’être proches ou éloignés sans même qu’ils puissent s’en douter ! J’en ai fait des voyages avec eux, inscrits mieux au fond de moi que si je les avais réellement vécus. 

Et bien qu’Etilaer quelques fois m’insupporte, ces jours-là même où Emanom, toi mon âme, tu n’es plus qu’un espoir, un appel, une ombre qui flotte sur la rivière et qui s’évanouit au moindre coup de vent, ces jours-là même, où eux, les autres, sont là, si présents et par qui : 

“ chaque jour sa grisaille à la grisaille pareille, chaque jour le silence à la mort ressemblant “

et à cause de qui :

“ mes vers ne riment plus,

ma prose est poésie,

ma vie n’est qu’un trépas et l’air m’asphyxie...”


Et bien, malgré ces jours où les autres s’accrochent à ms basques pareilles à des méduses gluantes dont je ne puis me défaire, te repoussant toi, Emanom vers le néant d’un grand coup de leurs ailes venimeuses, invisibles et mouvante. Malgré ces jours où le rideau s’affaisse et où le spectacle morne de la vie ordinaire, si vilainement ordinaire, tente de reprendre ses droits - droits qu’elle s’est donnée pour mieux me faire entrer dans son jeu injouable, dans sa farce cruelle, dans sa toile tissée sans fin, sans désert, sans but, sans avenir, sans joie, sans plaisir, sans raison, sans toi Emanom, sans toi ! Oui, malgré tous ces jours où Etilaer me torture, il en est d’autres, sans qu’Everel m’appelle, qui sont calmes et sereins. 

Des jours pasteurisés où j’ai fait attention de passer ma bonne vieille côte aux mailles bien serrées. Des jours de Niel ! J’y vis comme les autres, simplement de l’air du temps, des ragots, des pubs et du ciné... j’agis, je participe  même au grand chantier universel, délaissant un instant le futile Everel pour un peu de raison, préférant presque le sage glaïeul roide au bouton d’églantine... Ces jours-là bien que restant lucide, je vis un moment comme vivent tous les gens et j’aime vivre ainsi, sans questions ! Rageant contre la pluie qui pourrit mes oeillets et contre les enfants qui jouent avec leur temps, souriant aux voisins, choisissant avec soin les légumes du repas...

Ce sont en fait des jours de bain de Jouvance, fraîcheur mentale, clairs même sous la pluie ou dans le brouillard de novembre. Des jours simples d’une vie simple, sans Everel mais où Etilaer se fait douce, non pas par fourberie mais par besoin pour elle de signer un instant l’armistice.
  Une trêve dans la lutte engagée.
  Noël n’importe quel jour de l’année !



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Everel, Etilaer sont en moi comme deux soeurs siamoises et énemies. Elles luttent pour chacune gagner la meilleure place, m’affaiblir, me conduire, m’exciter... Elles me font vivre sans arrêt, sans repos ! Et avec elles je vais bon train. Je ‘essouffle ou je règle ma marche sur le cours du temps. Mais j’ai peur parfois d’en être encore restée à celui où l’on croyait que la terre s’arrêtait avec l’horizon. 

Le pas à ne pas faire !

La fosse !

Le trou noir!

Freiner au bon moment, pas de marche arrière, une autre direction, c’est là que la terre tourne à l’infini sans jamais, jamais revenir au départ. 

Ce qui fut ne sera plus, ne se répétera pas.
La vie n’a rien à voir avec le grand manège, le défilé éternel, infini des passants .

La vie passe sans qu’on puisse l’attraper, la saisir ne serait-ce qu’un instant. Même pas un film qu’on pourrait repasser, pas d’arrêt sur image pas de gros plans, que des zooms, des flash-back refaits ou inventés... Ce qui fut ne sera plus ni dehors ni dedans. 

Ejiom, Everel, Etilaer, des images enlacées.

Un tout, un rien que je dois préservé.

Un jour petite fille, un jour glace sans teint,le lendemain amour et au soir un refrain.

Nous nous sommes reconnues au fil de l’eau de ma rivière de vie. Nous vivons aujourd’hui en entente familière. Les écueils, les rapides sont nombreux, les rochers acérés... Ejiom aimait déjà la rivière et sa reposante mouvance. Elle voyait Emanom sur sa barque apparaître au milieu de la brume. 

Souviens-toi et j’avais sursauté !



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Maintenant qu’il est là ce petit chemin, qui un jour s’est dessiné devant moi, j’aimerais d’un coup de machette en ouvrir le tracé. Je voudrais le dompter et lui montrer la voie, mais pourrais-je naviguer seule, sans boussole ? J’ai cru que j’étais forte et que je le serais, j’ai cru pouvoir tenir entre mes doigts le sable du sentier sans qu’il puisse s’enfuir. Mais je sens que ma main à nouveau se referme sur le vide..


Emanom où es-tu ?

Es-tu là, seulement sur cette page blanche ? Folie et esperannce doivent-elles uniquement s’épouser ici ?

L’amour simple, nu, ne pourra-t-il jamais ailleurs que sur mes lignes m’enlacer ?

Est-il déjà trop tard ?

Puis-je espérer qu’après tous ces méandres, toutes ces fausses routes, je te retrouverai ?







janvier 1989


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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 09:21

 

La naissance d’Ejiom


Il est là, ce petit chemin qui , un jour, c’est enfin dessiné devant moi.

Il est là, tout tordu, tout herbu, caillouteux à souhait, ensoleillé ou ombragé. Un petit chemin comme il y en a tant, comme il n’y en a aucun.

Plein de senteurs et de parfums, plein de soupirs et de caresses.
  Mon chemin!

Celui que j’ai débroussaillé à coups de pied ou de hachette, que j’ai foulé ou refoulé de mes sabots crottés, de mes souliers vernis. Son ombre est douce et fraîche et sa lumière est tendre.


Aujourd’hui, je suis là, au carrefour, au coeur même de ma vie. Le passé qui se fond là-bas dans l’ombre brumeuse des souvenances et l’avenir qui se pointe aux jours des trouées du soleil, à quelques pas. Ils m’entourent tous les deux de leurs bras protecteurs, l’un me conforte, l’autre m’attire sans plus, maintenant, m’inquiéter. Jamais plus ils ne s’affronteront, plus jamais ! Ils se confondent, se marient, s’enlacent, se séparent autour d’une ornière pour m’en éviter les éclaboussures et s’épousent à nouveau sous l’abri des feuillages. Ni l’orage, ni la neige, ni le vent ne les délient, ne les délieront plus. 


Le temps est immobile, passé, présent, avenir... Là, toujours là et c’est nous qui passons.

A grands, à petits pas, pas de loups, pas de souris, pas de géants... -Je me souviens d’une chanson d’enfant...- C’est nous qui avançons.
  Le temps est immobile, c’est notre lit, le lit du fleuve qui coule et coule sans jamais s’arrêter. Toujours les mêmes images, les mêmes petites vagues qui clapotent au rebord de la berge, toujours, presque la monotonie et pourtant toujours à espérer !


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EVEREL .


Je suis née en l’an de grâce mille-neuf-cent-cinquante-quatre, je n’ai vu le jour que beaucoup, beaucoup plus tard. 

Mais revenons au départ .

Dix ans, à peine dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale qui pourtant figurera déjà dès l’école primaire dans mes livres d’histoire ... 

Une éternité me séparait de cette époque dont on parlait souvent, partout ! Une éternité ! C’était ailleurs, aussi loin pour moi que le Moyen Age, plus, tellement plus que le siècle des lumières !

Le temps, l’histoire, les âges, qu’est ce que cela peut bien vouloir dire ?

N’est-ce pas pure prétention que de vouloir les chiffrer, les limiter...

Un temps pour chacun, un autre pour tous et des temps longs ou courts pour soi, rapides ou lents, différents....

La vie a deux mesures, celle du rêve et de l’imagination et celle du vécu ! 

Il faut attendre et espérer pour savoir bien compter alors qu’il suffira de vivre pour savoir calculer...

Nombre de jours passés, à venir, et ceux qui ne viendront pas, ceux qu’on a évités. L’âme va à cloche-pied son bonhomme de chemin. Elle passe de l’un à l’autre comme on saute sur les pierres d’un torrent. Il lui arrive parfois de glisser sur la mousse et tout est à recommencer, ou, de juste se mouiller le bout du pied et elle repart “échaudée” prête à y regarder à deux fois avant de s’y re-poser. Chaque noyade est une re-naissance, chaque entorse une leçon. Ce sont toutes les entorses répétées qui petit à petit nous apprennent chaque fois à mieux marcher. Chaque fois une nouvelle enveloppe, tiroir aux secrets ancestraux, guide du “savoir-vivre”... Chaque fois plus d’adresses au recto comme au verso. Chaque fois la même envie folle et désespérée de lire le message, d’écrire la raison. De jeter toi aussi ta bouteille à la mer, encore un rêve de petite fille “cette bouteille vide qui espère...” qu’on pourra déchiffrer le code, le cri secret. 

Elle était là cette petite fille, la seule dont je me souvienne, les autres ne sont que des souvenirs innés, sans nom, sans visage, sans image. Elles sont, elles furent... Celle-la était blonde, un peu folle  peut-être mais un peu, jamais franchement, jamais vraiment. 

Dans ses bouteilles vides, la petite fille que je connais, mettait tous ses espoirs, ses avenirs, que les autres ne rejetaient même pas, qu’ils ne voulaient même pas connaître, surtout ne pas entendre. C’est après tous ces :” tu dis n’importe quoi !” en guise de réponse , qu’elle s’est mise à parler à l’oreille amicale, plume d’oie, bille d’acier, l’encre trace mes espoirs, mes chemins inventés.


“A la claire fontaine

m’en allant promener,

j’ai trouvé l’eau si claire

que je m’y suis baigné .”



Everel, c’est le chemin de pierres qui mène à la fontaine, petite fille Ejiom y posera ses sceaux.

La route est longue et parsemée... Semée de graines de sourires, arrosée de tes larmes et balayée de bise et de mistral aussi. La route est longue, à petits pas il te faudra la suivre, la refaire sans plus , désormais, te perdre au carrefour.

La promenade est agréable dès lors que l’on sait où mène le sentier. 

Il y en avait un derrière ma maison. Petit, coincé entre deux lignes de barbelés, je le suivais confiante, j’avais trois ans à peine, mon regard accroché aux longues jupes noires qui voulaient me guider. Elle trottait devant moi souvent - Regarde Ejiom, les bleuets...” Je courais en cueillir deux ou trois, pas trop, juste pour faire plaisir. Je ne me rappelle que des longues jupes noires et le chignon gris blanc, la main chaude et douce qui m’aidait au retour. ..

Il y en avait un autre, plus sauvage, moins précis où je courais . Il traversait les vignes, ‘oh quelques vieux ceps tordus aux raisins aigrelets. Il menait au cimetière. Nous y avons flâné, un peu plus tard, enfants joyeux et gais qui allions insouciants fleurir les souvenirs. Celui-la, je l‘ai pris de tout temps, été, automne, hiver, printemps. Herbe haute, terre séchée, raisins murs ou parterre blanchi. Les rames de haricots qu’on volait au jardin étaient de merveilleux bâtons de ski... Il m’a toujours suffi d’un bâton racorni pour être immédiatement en route pour Compostelle. Les vacances de Noël, les luges. A cinq, à dix nous nous y entassions. Les retours à la nuit presque tombée... Grand-mère, ma “Robenoire”, c’était encore bien tôt quand tu t’en est allée. J’avais à peine dix ans. Les lettres d’or sur la grosse pierre blanche ne m’ont jamais rien dit... Il fait froid en hiver sous la terre endormie. Aussi, tu es restée, ta main tenant la mienne derrière ma maison sur le sentier du mont qui découpait les prés. Après la pierre blanche, Ejiom n’y est plus retournée.

Elle en a trouvé d’autres, seule, ou bien accompagnée, triste ou gaie, pluvieuse ou bien ensoleillée.
  Tous les chemins mènent au gué !

Autour de ma maison, ils étaient trois.

Trouées qui menaient, l’une aux prés, l’autre à la grosse pierre blanche et le troisième au bois. Le premier était court, barré au pied du mont, bien assez long quand même pour mes petites jambes. Le second, celui de devant ma maison déjà plus capricieux m’offrait mes tout premiers voyages. L’herbe haute de juin où j’allais m’étendre parfois pour mieux voir les nuages :”ces merveilleux nages, là-bas...” Et le dernier, celui du bois demandait, au départ, un choix. A droite “La Croix”, à gauche “Les Chiens”. Premières hésitations, premières décisions bien souvent prises sur une saute d’humeur, un simple coup de vent... La fraîcheur ou le soleil brûlant ?  Quelle que soit la saison, quel que soit le climat, j’ai marché bien souvent.

J’ai marché, j’ai suivi,j’ai couru et j’en suis revenue plus riche, plus pauvre, mais aujourd’hui plu sûre de toutes  ces aventures vécues ou inventées, toutes avenues, toutes à moi venues.

Dans la vie d’aujourd’hui, le temps passe trop vite, on court, on fuit et on oublie de vivre. partout les machines envahissent, détruisent et ignorent les pierres... - La pierre, c’est la vraie vie que l’on sent sous ses pieds dans la douceur ou la froidure de l’air - ...Les images défilent, les kilomètres s’ajoutent aux kilomètres sans qu’on prenne jamais le temps de les compter, de les mesurer, de les apprécier.

Un kilomètre à pied, ça use, ça use...

Les voyages à même la terre où l’aller est si doux et si dur le retour. Les joies de découvrir ce qui se cachait, champignons, primevères, caillou d’or lors du premier passage... 

J’y suis passée et repassée sur mes chemins, pieds nus, bottée, mains vides ou mains liées, coeur libre ou attaché, jamais seule. Jamais je n’y ai vu le même paysage. L’ombre y battait au rythme de mon coeur. Ejiom perdu au jeu de piste, Ejiom pleurait... Ejiom reprenait sa respiration sur les rochers de la petite carrière, Ejiom posait sa main au coude de Martin, sa joue à l’épaule d’Etienne... Ejiom et ses chemins !



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Assise sur une borne, je viens me demander à quoi bon, à quoi mal la vie, ma vie avancée, je viens me demander ?


Ne passer ma jeunesse, avec pour tout compagnons que souvenirs et espoirs, assise sur cette borne j’espère encore, presque vingt ans plus tard.

La route est longue  déjà et elle continue. A quand la prochaine entrevue ? J’attendrai. La patience a toujours été mon plus fidèle bâton. On l’a prise souvent pour de la paresse, mon maître me prédisait centenaire et je suis née coiffée... Mais où est Compostelle ?


Emanom où est-tu ? Te voir, te trouver enfin...

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Ejiom aimait la vie, la jeunesse et l’amour. Ejiom aimait la vieillesse et l’enfance et Ejiom attendait que l’amour l’enchante...

 

 

Qu’on laisse à la jeunesse le luxe de l’insouciance, à la maturité celui de l’abondance et qu’on laisse la vieillesse retourner à l’enfance.

Pourquoi, mais pourquoi faut-il toujours que je fasse un détour, pourquoi faut-il sans cesse que s’envole l’ivresse?

A quand la lumière du jour défiant mon regard, le point de non-retour rejoignant le départ...

 

 

Un point de non-retour qu’il me faudra franchir, un sommet à atteindre dans la solitude et la morosité qu’il faudrait enjamber. Passer le pont vers d’autres aventures ou se jeter à l’eau. Quand la goutte de trop est en suspend au bord du désespoir, il faut savoir l’essuyer d’un revers de la main et partir sur un nouveau chemin, car la laisser couler, c’est à jamais effacer l’horizon d’un nouvel avenir. Mais la mort ici, peut-être n’est pas plus terrible à envisager que la vie telle qu’elle est. 

 

A quand de me revoir comme au tout premier jour ?

A quand de repartir à mes premières amours ?

A quand, mais à quand le grand jour, à quand le désespoir?

Il arrive que le rêve soit si fort qu’il me prenne par la main.

Everel est là !

La main s’ouvre et la terre s’écarte !

 

 

J’ai rejeté à tout jamais l’appel de la fosse .

 

Longtemps, des années durant, je suis restée là, à regarder derrière.

Longtemps, bien trop longtemps.

 

Puis j’ai ouvert les yeux et j’ai vu la lumière. Celle du jour, fraîche et nette, pareille à l’eau de source. J’ai vu les petites feuilles flotter au fil de l’eau, les cailloux arrondis par l’usure, les branchettes ballottées... Comme le chercheur d’or, j’ai saisi un tamis et sans plus rien ignorer de tout ce qui se dérobait, j’ai vu l’eau de la source et toutes les impuretés aussi. C’est un tout qu’il faut savoir reconnaître, qu’il faut savoir prendre, comprendre, éviter mais ne pas ignorer. La vérité souvent n’est ni belle à entendre ni à voir, mais il faut aller avec elle et s’en faire une amie. Elle est souvent trop simple, trop pure, son reflet ne rougeoie ni ne brille au soleil, il réchauffe aux temps froids, il éclaire la nuit. Il faut prendre sa main et ne plus la lâcher, suivre ses pas, à pas de loups, pas de souris, suivre son lit.

 

 

 

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Et c’est pourquoi, et c’est ainsi qu’Everel est né.

Et c’est pourquoi et c’est ainsi que je me suis bâti un monde à ma manière...
Martin s’en est allé et j’ai créé Théo. Etienne m’a laissé et j’ai gardé son sceau bien au creux de ma main.

Quoi de plus merveilleux qu’un amour de quinze ans ?

Te souviens-tu d’Ejiom ? Souvent je pense à vous. cette fillette insouciante, prête à tout apprendre, ce garçon aux yeux verts, au regard si tendre... Vos promenades, vos fous rire, vos revers...

 

Et des tranches de vie me reviennent. La toute petite enfance avec ses jupes noires. L’enfance toute simple, ni studieuse ni fragile, calme presque inerte. l’adolescence, le réveil, les amies, secrets, rires cachés, questions et déjà cette folle envie de vivre loin, encore plus loin que tout le monde.  Et la maturité aujourd’hui, où seulement, je vois se dessiner ma vie. je crois que désormais elle m’appartient pleinement. Longtemps trop longtemps j’ai laissé à d’autres le soin de la dessiner à ma place, de la mener à leur guise et ce n’est que depuis peu que j’ai enfin compris en quels piètres artistes j’avais placé toute ma confiance, toute ma naïveté. Artistes qui après tant d’années n’avaient à mes proposer que le frottis terne et pale d’une toile, pour tout image de ma PRE-EXISTENCE.

 

 

 

 

 

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EVEREL !

C’est une chambre au coeur même de paris où j’ai connu le jour. Où je me suis mise au monde seule. Où je me suis émergé du plasma dans lequel je flottais depuis plusieurs décennies.

Everel, c’est six murs nus, une porte à battant au mouvement perpétuel, une fenêtre sans vue. En son centre un plateau de pin brut posé sur des tréteaux où gisait un petit tas de chiffon informe et malléable. Un plafond incolore, un sol inconsistant...
Je me suis faite moi-même au coeur de cette chambre après trente ans d’errance. 

Tout était à refaire, à aménager, à construire, à créer. 

J’ignorais alors combien il peut être dur de naître à trente ans avec pour tout recours l’envie d’être enfin soi-même. Combien il serait dur de faire d’everel, une chambre aux murs transparents, au plafond infini, au sol de terre battue, de feuilles rousses, d’herbe fraîche et de fleurs en boutons; dont la fenêtre donnerait sur les toits, dominerait la ville et le monde tout entier.

Cette chambre où je vais seule, mais jamais esseulée, pour y arriver, il me faut traverser un couloir très sombre où je livre mille combats héroïques avant d’atteindre la porte. Il me faut lutter contre les gardiens de ce temple qui veulent encore parfois m’en interdire l’entrée. Aucun ne m’est étranger, mais dans ce noir passage leur image s’exagère jusqu’à m’en devenir insupportable. Combien de fois déjà me suis-je retournée avant d’avoir pu le traverser en son entier, combien de fois déjà ai-je abandonné et fait marche en arrière ? 

 

Everel, ma chambre, c’est un éden, un oasis, un paradis peut-être... 

En son entrée j’ai installé une douche de jouvence, un sas de purgation où je me force à passer chaque fois. Une sorte de “déshabilloire” où je laisse accrochées toutes mes vieilles frusques et autres fausses idées et d’où je ressors neuve, née de nouveau, libre et prête à tout affronter, à tout vivre, à tout créer !

Souvent quand je viens, je revois la petite fille Ejiom solitaire, qui s’était fabriqué, elle aussi, un Everel à sa manière. Plus accessible, moins structuré... Il est vrai que les lois de l’enfance sont bien plus élastiques. Elle l’emportait avec elle partout comme un mouchoir chiffonné dans sa poche qu’elle étalait dès que l’envie lui en prenait de s’évader un peu ; sur le coin de la table au sortir du dîner, sur ses genoux pliés à l’arrêt d’une promenade, derrière des fagots en oublie d’une cachette, sur son bureau d’école en fin d’après midi ou encore comme chaque soir dans le noir de son lit.  Petite scène de théâtre improvisée où venaient s’égayer toute sortes de personnages, amis, confidents qui chassaient d’un haussement d’épaule et d’un rire cristallin tous les inconvenants dont se peuplaient son quotidien. 

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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 07:55


 


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On vit des jours, des mois, des années sans que rien ne se passe puis tout semble s’accélérer. Les événements se bousculent sans que l’on ait le temps de les vivre vraiment. On passe ainsi souvent d’une période si calme que l’angoisse nous était devenue familière, à une autre trop bousculée, trop riche, où le temps nous manque pour nous offrir le luxe de la réflexion. Tranche de vie de laquelle un nouvel être surgira, enrichi de tout ce qu’il n’aura pu qu’enregistrer plus ou moins consciemment.


J’en étais là de mon voyage dans l’existence, sur mon radeau d’incertitudes, ballottée sur l’océan au gré des vents et des marées et qui me conduisait tout droit sur le “cap Horn “ de ma vie, celui tant redouté de la trentaine. J’en étais là de ma folie quand le calme revint. 

Une mer d’huile, plus une vague, un miroir.

Je me réveillais sereine, nouvelle, comme au sortir d’un cauchemar dont il ne me serait resté que les impressions, les odeurs, moins que des souvenirs.

Echouée, non, pas échouée, déposée, née de nouveau, ressuscitée sur une plage de sable fin.
  Le cap était franchi sans trop de casse et une autre voie s’ouvrait devant moi, pavée celle-la de toutes les réponses posées jadis. 

Je comprenais alors d’où venait l’erreur qui m’avait entraînée si profondément dans ce puits de désespoir. Lentement je débutais ma nouvelle ascension vers la lumière.

J’avais failli toucher le fond mais la main du destin ou d’une bonne fée peu importe m’avait aidée à relever la tête et me voyait bien décidée à ne plus jamais la courber.


Trop d’erreurs !

Trop de fautes d’interprétation !

Que de temps perdu !



Il n’est d’important dans ce que l’on fait que ce que l’on doit faire !

C’est à chacun son heure qu’il faut savoir lire au cadran du destin.

Bien voir et bien entendre sans jamais se laisser divertir par tous les faux problèmes qui se baladent sans cesse partout.


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Plus d’erreurs !

Plus de fautes d’interprétation !

Plus de temps perdu !



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Une dernière fois je me retourne sur ce spectacle désolant du siècle qui se meurt et voudrait entraîner avec lui la planète toute entière.

 Je me jure alors de ne pas être de ceux qui plongeront les bras ouverts dans la fosse béante.

J’ai eu tort de trop longtemps apprécier les voies parallèles, me confondant, m’effaçant, sans jamais entrer entièrement dans le jeu. Désormais, ma voie, je la tracerai seule, à l’écart si besoin est, sans plus jamais tenter de me raccrocher aux rochers par trop friables des bords du ravin.

Et me voilà debout, plantée au xième carrefour de ma vie.

Prête, je le suis et à tout affronter. Je n’ai plus peur, je n’ai plus froid, débarrassée que je suis de mes vieilles frusques et autres fausses idées, avec pour tout bagage une valise pleine à craquer de souvenirs de mes trente premières années.

Plusieurs routes sont là qui m’invitent.

Déjà je sais laquelle je vais choisir. Laquelle je vais suivre.

Elle s’étend droit devant moi, nette, sans virage ni échappatoire.
Sa direction; l’AVENIR !

Mon AVENIR !

L’INFINI !

Et je me chargerai de le remplir moi-même comme un livre aux pages vierges dont je prendrai la responsabilité de noircir chacune d’elles, forte que je suis d’avoir enfin compris que l’on est que ce que l’on veut bien être .



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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /2009 11:08

Toute petite déjà, j’adorais me plonger dans des contes qui me sortaient de la réalité. Les revivant le soir dans le creux de mon lit, je tentais de chasser les fantômes et les sorcières qui peuplaient mon quotidien. Je m’environnais alors des fées et des princesses que j’avais rencontrées au hasard des pages de mes lectures de petite fille. Je fabriquais un réel roman qui pouvait m’emmener des semaines durant. Personnages et lieux imaginaires me devenaient si familiers que je leur parlais, je m’y promenais, allant jusqu’à leur demander conseil dans les moments difficiles. Tout un monde que je me créais et qui n’appartenais qu’à moi. Un monde où on m’aimait, où j’existais tout simplement. Et malgré toutes les ingratitudes, les déceptions, les heures tragiques, aujourd’hui encore, je tente de me créer une vie où je vais à ma guise. Une vie où je puise la force d’affronter celle des autres contre laquelle je ne cesse de me faire des bleus à l’âme, au coeur et au corps.

C’est ainsi que j’ai pris l’habitude d’exister sur papier, m’inventant des parents, des amis, des amants avec qui je peux enfin parler, auprès de qui je me sens moins seule, moins isolée.


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La solitude est mère de bien des maux avec lesquels il n’est pas aisé de vivre et plus elle tarde à venir, plus il est dur de l’accepter.



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Toute gonflée que j’étais d’une enfance heureuse et d’une jeunesse folle, je me croyais à l’abri de ses projets. Bulle d’air parmi des milliers de gouttes d’eau j’étais persuadée qu’elle ne pouvait me voir, mieux encore, ce n’est pas elle, c’est moi qui l’ignorait. 

Pauvre petite autruche qui croyait pouvoir construire son château sous la dune me voilà aujourd’hui prisonnière, encerclée, avec pour toute fortune le vide qui m’entoure et dont il faudra désormais me contenter. Mais comment vivre seule quand on n’y est point habitué ? Je panique, je m’affole en voyant cette compagne “indésirée” s’installer sans scrupules. Elle arrive sans prévenir et paradoxalement il faudrait être prêt pour que la réception se fasse sans bavure et quand je dis bavure je pense catastrophe... Car moins on lui laisse de place et plus elle s’entoure d’amis. Déjà j’entrevois la déprime et le désespoir prêts à venir frapper à leur tour à ma porte.

Que faire ?

Leur permettre d’entrer et me laisser dévorer par ces trois envahisseurs ?

La folie et la mort risqueraient alors de ne pas se faire attendre.

Et je ne veux pas mourir !

Je veux vivre !

Ce n’est pas la vie qui me déplaît!

C’est ce que les gens en font et la façon dont ils utilisent sans gêne et sans scrupules celle de leur contemporain !

Oh non la vie ne me déplaît pas, devrait-elle être éternelle que j’en serais ravie !

C’est si bon, la vie !

C’est si beau, la vie !


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Il est des matins, pareils à ce matin où tout me semble gris.

L’eau, le ciel, les arbres et mon humeur aussi !

Il est des matins pareils à ce matin où l’air me manque !

Les murs de ma maison ressemblent aux pierres de mon tombeau. Dès que la porte est refermée, je suffoque. le vide, l’absence et le silence m’étouffent, je me sens presque enterrée avant d’être morte. 

Il est des moments pareils à ce moment où personne ne m’attend et dont je n’ai rien espérer qui me font réaliser pleinement la solitude dans laquelle je me suis ancrée. 

Il est des moments pareils à ce moment où je ne sais plus très bien si j’existe encore pour quelqu’un...
Il est des instants, des éternités où je n’ai plus personne, personne à qui parler, personne qui puisse me faire écho...


Alors, à ces moments, à ces instants, pendant ces éternités où le cafard me pèse trop, je vais prendre mon cahier et mon crayon et je m’en vais. 

je m’en vais dans ce coin grouillant de monde dès les premiers beaux jours venus mais si calme en automne. Planche à voile, voiliers et canoë dorment en rang serrés le long de la jetée. Le rideau jaune du local a été tiré sur les fenêtres clauses dont lus un bruit, plus aucune musique ne s’échapperont avant le retour du printemps.


J’ai donc pris mon cahier et mon crayon pensant pouvoir écrire ici, assise sur la coque d’un des bateaux endormis. Mais mes doigts sont gelés et je dois me contenter de regarder autour de moi. Enregistrer les parfums, le climat, l’atmosphère dont il faudra me souvenir plus tard. J’ai donc posé mon cahier sur mes genoux, j’ai rangé mon crayon dans ma poche et j’ai ramassé, toute blanche, toute frêle, la plume d’un des cygnes que je vois flotter en face de moi à l’abri de la berge opposée. Comme j’aimerais le rejoindre. M’asseoir au creux de ses ailes et avec lui, ne plus rien attendre, ne plus rien chercher. Me laisser vivre au fil de l’eau, me laisser couler au fil des jours. C’est vrai qu’il serait bon parfois de tout laisser tomber. Effacer carrément l’ardoise et se perdre dans le noir sans but ni raison. Mais déjà une foule de problèmes m’assaille que je voudrais pouvoir oublier. Je suis perdue. Dépasser par des événements dont je ne parviens plus à mesurer l’importance. Ils s’entassent sur mes épaules comme la poussière sur mes meubles. Je tourne en rond, je cherche en vain la sortie de secours. Même le sas d’oxygène que j’ouvrais il y a si peu de temps encore, me fait peur. Je le vois rempli de gaz carbonique. Je me sens piégée, comme paralysée sans savoir d’où cela vient. Depuis trop longtemps déjà, je passe ma vie à attendre. 

Attendre quoi ?
  J’appelle ça de l’espoir !

L’espoir de quoi ?

Je piétine, je me perds, je me gaspille goutte à goutte repoussant l’échéance chaque jour au lendemain. Et plus je réfléchis, plus je m’enfonce dans un gouffre d’incertitudes, de désespoir. Ma logique s’effondre devant tant d’injustices, j’ai envie de crier à plein poumon... 

POURQUOI ?

Mais déjà je sais qu’aucune voix ne me répondra.

La vie m’attire et m’inquiète en même temps !

Je ne sais plus où elle commence ni où elle va finir !

Va-t-elle se briser sur quelques rochers acérés qui l’anéantiront ? Je maudis soudain ce trop long hiver qui n’en finit pas de  s’éteindre . Repoussant sans cesse le printemps de ses attaques sournoises. Gelées après gelées, neige molle sur brouillard. Déjà quelques  bourgeons tentent leurs feuilles frêles vers le ciel clair du matin et le vent du nord prend un malin plaisir à s’y faire les dents.

Je déteste l’hiver !

Noir, froid, sombre, humide, craquant et douloureusement insonore.

Avec ses jours gris trop courts et ses nuits sans fin qui résonnent encore du hurlement des loups de mon enfance. Chaque année cependant que les arbres se dépouillent, je me cache, je me calfeutre, je me recroqueville au fond de moi pour mieux me protéger d’un mal d’autant plus terrifiant qu’il m’est inconnu. N’osant mettre le nez hors de ma maison qu’au bord de l’asphyxie. Pareille à cette petite fille dont je me rappelle trop bien les angoisses chaque soir dès que la lampe s’éteignait. Elle remontait draps et couverture jusqu’au sommet de son plus haut cheveux. Préférant mourir de chaud plutôt que succomber face aux monstres nocturnes qui envahissaient les moindres recoins de sa chambre dès que la nuit s’y était installée.

Je supporte chaque hiver comme un réel fardeau. Une épreuve qui revient chaque année et dont la traversée représente plus qu’un véritable supplice.

C’est au vingt-et-un mars que l’année devrait naître, pas au premier janvier !

Existant pleinement au rythme des saisons, je me sens réglée sur elles, réglées par elles. 

Printemps, été, automne, hiver...

A trente ans je dois en être au centre de mon été, presque la moitié de fait !

Comme le temps passe vite !

L’automne sera bientôt là et il viendra aussi cet hiver tant redouté !

Ce grand frère qui un jour m’emportera sous son grand manteau de bure noire.

J’aimerais tant qu’il ne vienne jamais !

Mourir en n’importe quelle saison mais pas en hiver !

A n’importe quelle heure, mais pas la nuit !

Au printemps quand tout est à l’espoir, en été quand tout s’épanouit et se dore au soleil ou encore en automne la nuque contre un chêne et les pieds sur un coussin de feuilles rousses...


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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 07:11

D’Everel à Emanom.


1ère partie :


A bord du Titanic


Janvier 1984... 


Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude d’écrire.

Quelques fois des poèmes, plus souvent de la prose, au gré de mes humeurs et de mes émotions, ne cherchant par là qu’un moment d’évasion.

Aujourd’hui, je veux tourner la page, je veux aller plus loin !

Ne plus me contenter de ces divertissements faciles dont je tirais tant de plaisir

Me prouver à moi-même que ce rêve auquel je suis si attaché, n’est pas simple fantasme.
Depuis près de deux ans que je me suis fixé ce nouveau but, je comprends qu’inventer est aisé et qu’il est beaucoup plus difficile de dire la vérité !

Je ne sais pas ce qui me retient, ce qui retient ma plume ?

Je m’assieds, bien décidée à épancher mon coeur sur la feuille de papier, j’y ai tant réfléchi, j’ai noté quelques phrases au cours de la journée... A chaque fois, le blocage complet, la torture . Je ne sais plus par quel bout empoigner ce maudit ouvrage auquel je suis déjà tant attachée. D’où vient cette barrière impossible à franchir, ce mur contre lequel je me heurte sans cesse ? Je griffonne, j’essaie, mais je finis toujours par froisser la feuille entre mes doigts et il va sans dire que chaque page déchirée c’est un petit bout de moi qui part à la poubelle.

J’aimerais tant réussir.

Pourquoi est-ce si dur d’évoquer la petite fille que j‘étais, l’enfant, l’ado, puis la femme que je suis devenue ? Perdue, égarée dans ce monde que je n’ai jamais pu reconnaître comme étant le mien.       j’aimerais tellement, par cet essai, parvenir à trouver le pourquoi de ma vie. Mais il faudra fouiller, ressortir les anciens parchemins trop bien dissimulés...

Est-ce cela qui me fait peur ?

Ai-je peur de me faire mal encore, de me blesser sans l’avoir souhaité ?


Pouvoir m’extraire de la vie, de la société...


Voilà où je dois arriver si je tiens réellement à percer l’abcès.

La foi aveugle et implacable que j’ai toujours  eue en la vie m’a sans cesse forcée à continuer, à aller voir plus loin ce qui pouvait m’attendre. La foi, l’espoir et la curiosité (celle de connaître et d’apprendre) sont les trois poutres maîtresse de mon existence. Combien de fois aurai-je flanché sans cette envie plus forte que tout, de toujours savoir pourquoi, qui me donnait les forces dont j’ignorais que je fus en possession.

A me poser et à mes reposer toujours les mêmes questions il faudra bien que je finisse par trouver les réponses !



j’ai trente ans, je suis mariée, j’ai deux enfants mais je ne parviens à m’installer dans ma trentaine, dans cet état d’adulte et de “mère au foyer”. j’ai gardé un pied dans mon enfance dont je revis encore les craintes, les angoisses, les joies, toutes ces petites choses qui me rendaient heureuse et mal heureuse. J’ai préservé intacte l’échelle des valeurs de la vie que je m’étais bâtie en souvenance du temps où tout comptait où rien n’avait de prix.


La vieillesse m’a toujours fait peur, pas celle du corps, non celle de l’âme et du coeur. A trop se vouloir adulte on devient vite très vieux et très vite on se fait dépasser, on se fait enterrer.

J’ai trente ans, je suis mariée, j’ai deux enfants et si j’insiste ici, c’est uniquement parce que nombreux sont ceux qui s’acharnent à me le rappeler. 

Pour moi cela n’a de signification qu’en tant que renseignements sur ma carte d’identité. Un classement, ni plus ni moins, un classement comme les autres. 

Avoir la trentaine, un mari, deux enfants, n’a rien pour moi d’excitant. Certaines s’en font un idéal. D’autres s’en font une raison. Moi pas !

Peut-être suis-je trop exigeante envers la vie ?

Il me semble qu’elle ait tant d’autres à me donner.

Mes trente ans, mes enfants et leur père n’étant qu’un des cadeaux qui m’attendent au hasard des chemins de mon existence à venir, de mes existences à venir, devrais-je dire, persuadée que je suis, à force d’événements et d’expériences qu’il y a plusieurs existences voire naissances à l’intérieure d’une même vie.

Ainsi pareil au fleuve qui naît à la source et va s’échouer dans l’océan après avoir reçu nombre de petits affluents, tous différents les uns des autres, en va-t-il de la vie d’un homme. Après sa naissance “officielle” il en reçoit d’autres qui l’entraînent sur des chemins nouveaux, qu’il abandonne à chaque confluent pour ne garder que les souvenirs dont il se nourrit, où il puise la force nécessaire qui lui permet d’aller plus loin pour atteindre sa mer, pour retrouver sa plage.



Nuit d’orage,

des éclairs,

le grond’ment du tonnerre.

Quelques gouttes de pluie,

les perles de la vie.

Une à une s’accrochent

et le collier grandit

jusqu’à venir s’échoir

au bout de l’infini.

Sans cesse recommencés,

soleil, chaleur, nuages,

jusqu’à cette nuit d’orage...

La mer n’est pas une fin,

la mort est un espoir.



Trente ans de vie à mon actif !

Trente ans déjà !

Et qu’est ce qu’il m’en reste ?

Des émotions, des sensations, des dégoûts, de la fumée dont les volutes grises ou bleues reviennent par instant effleurer mes narines. 

Un grand vide !

Un grand manque surtout !

Le sentiment d’avoir raté quelque chose, d’être passé à côté, de m’être trompée.

J’ai toujours rêvé!

J’ai toujours cru en la vie !

Au sens qu’elle doit avoir forcément !

Et malgré la monotonie, je continue à espérer.

Comme la rivière qui s’écoule, toujours les mêmes images, les mêmes petites vagues qui clapotent au rebord e la berge, et elle, elle coule et coule sans jamais s’arrêter. Alors je me dis que moi, aussi, un jour ou l’autre, je rejoindrai ma plage !



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