Partager l'article ! Extrait : Les images de ma vie.: Pique-nique au Bastidon. 15 ans déjà ! ...
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Pique-nique au Bastidon.
15 ans déjà !
Le Bastidon, est un village assis au creux d’une vallée encastrée des Cévennes. Acheté par une bande de soixante-huitards franco-allemands dans les années 80 et en voie de rénovation depuis. Tout est à refaire, les maisons en ruine, le chemin d’accès complètement inaccessible, et le petit pont de pierre qui enjambe le gardon, à peu près aussi vaillant que s’il venait de subir un bombardement.
Et Le bastidon, c’est le Paradis de Violaine et de François.Lire la suite...
Violaine est prof d’éducation physique, et François est prof d’histoire-géo, c’est dire si ils ont le temps avec leurs amis enseignants d’outre Rhin de mettre la main au ciment au cours de leurs fréquentes vacances.
A ceux qui me taxeront de politiquement incorrect je citerai Fréderic Mitterrand qui disait lors d’une interview que « l’écrivain se doit de dire les choses telles qu’il les pensent et non pas telles qu’on aimerait les entendre ». Dont acte !
Au Bastidon, donc, tout doit être refait dans la tradition. Garder la nature en l’état et vivre en osmose avec elle. C’est vrai que le lieu est superbe. Pas facile d’accès mais superbe.
Les cratères creusés par les pluies torrentielles du printemps et dans lesquelles les roues de nos voitures s’empressent de se caler, les énormes cailloux voire petits rochers sur lesquels les pare-chocs et autres bas de caisses s’empressent de se cabosser, sont autant de pièges inévitables pour les conducteurs urbains que nous sommes… Mieux vaut entreprendre le parcours en baskets, quoi qu’ici le nec tende plutôt vers la sandale, qu’au volant d’un quelconque véhicule. Les risques d’accidents en sont nettement diminués.
La vue dès lors que nous sortons du maquis (je n’exagère pas) est splendide. Le petit village qui plante ses maisons au flanc de la colline, la terrasse en grosses pierres sèches qui s’abrite sous une magnifique treille « aux grappes lourdes de couleur d’encre » comme disait lama, le moulin en phase terminale de rénovation qui laisse traîner sa roue dans le gardon, et le Gardon, toute petite rivière verte qui court entre les énormes rochers blancs. Tout cela ajoute à la fraîcheur du lieu où tout respire les origines du monde. Plusieurs enfants, tête et boucles blondes, jouent sans souci au bord du chemin herbu qui conduit à la terrasse. Nus comme au premier jour, ils se sauvent à notre arrivée. Violaine et François sont entrain de dresser les tables du déjeuner. A part une autre jeune femme qui apporte un plateau d’assiettes et de couverts, le site à l’air désert… Embrassades, bonne humeur et bonheur de se retrouver dans ce lieu idyllique…
vous tombez à merveille, aujourd’hui, c’est la fête des cabinets ! Nous dit François.
En effet, il nous montre avec fierté la petite cabane en bois, non pas au fond du jardin, mais derrière la treille de la terrasse.
A la turc, naturellement.
Jusqu’à ce jour béni nos amis se délestaient de leurs « encombrements intestinaux » dans les bois alentours… La vraie vie, je vous le disais !
Nous sommes venus en famille avec les Servier, Roseline, Gérard et leurs trois rejetons et les Perrot, Didier, Patricia et leurs deux filles.
Quand on se dit que notre séjour à « la Combe », le tout petit camping où Gérard nous a installés avec les Perrot, nous offre une idée de ce qu’a pu être l’existence de notre grand-mère à tous, la dénommée Lucie, on se laisserait aisément penser qu’après quelques jours passés au Bastidon, Lucie elle-même n’échangerait pas son confort, tout relatif, contre celui dont les habitants d’ici ne bénéficient pas.
Violaine, à qui rien n’échappe jamais, devine immédiatement notre réelle envie de faire le tour du propriétaire.
Après trois heures de route dans des chemins plus ou moins mal carrossés. Après nous être trompés, re-trompés et jamais retrouvés, bien que notre guide soit de la région. Après que nous nous soyons à moult reprises, lors des différents arrêts, demandé si l’excursion valait vraiment les prises de têtes et autres énervements… Alors que, nous semble-t-il, à la vue de nos visages rougeots, de nos regards injectés de sang, des cris des enfants : « ON A SOIF ! » nous avons largement mérité un p’tit apéro bien frais à l’ombre des larges feuilles de la vigne qui recouvre la si jolie tonnelle. Violaine a qui rien n’échappe jamais, nous entraîne sur le chemin caillouteux qui monte jusqu’au sommet du village. La Corse, comparée à ce coin des Cévennes, de la marrade ! Ca ne monte pas, c’est à pic. Même Hedlinger ne s’y est encore jamais risqué. Il est midi moins le quart (qu’il n’y en ait pas un qui s’avise d’ajouter : l’heure du Ricard…..) il fait 80° à l’ombre, nous avons tous très chaud, nous sommes tous très fatigués et il nous faut, bon gré mal gré, écouter les envolées lyriques de Violaine qui veut nous faire découvrir TOUT DE SUITE le paradis dans lequel elle passe ses vacances depuis plus de quinze ans. Regrettable erreur de sa part qui fera que ce pique-nique au Bastidon sera le seul et unique pique-nique au Bastidon que nous accepterons.
Mais Violaine n’en est pas à une erreur d’appréciation près, c’est sa vie. Gaffe sur gaffe, bourdes après bourdes et toujours, toujours avec les meilleures intentions du monde. On ne peut pas lui en vouloir car au fond il n’y a pas plus dévouée qu’elle. A mon avis, elle a du prendre le train en route le jour de sa naissance et elle n’a jamais su retrouver son wagon. On dirait qu’elle vit sa vie sur le trottoir d’à côté.
C’est ainsi qu’après nous avoir fait grimper dans les cailloux du sentier qui conduit au vieux moulin, elle nous a fait redescendre sur les rochers polis et brillants qui surplombent le gardon, au péril de nos vies, chaussés que nous étions de petites sandalettes à semelles de cuir hyper-lisses…. Et qu’elle nous a enfin conduits sur une plate-forme rocheuse où nous fûmes attaqués par une volée d’hirondelles tueuses qui nous força à nous allonger sur les roches afin de nous protéger le visage. Plate-forme au demeurant très belle, faite d’une pierre grise bleue où les averses fréquentes et violentes de la région, ont marqué leur emprunte par des milliers de petits trous. Le spectacle qui se propose à nous au bord de la plate-forme vaut l’effort que nous venons de fournir. Plusieurs cuvettes naturelles alimentées par le torrent en cascade où se baignent sans méfiance ses amis naturistes allemands loin de se douter de notre arrivée indiscrète et contrite…
Mais c’est Violaine et rien ni personne ne la changera jamais. Depuis, à force de thérapies plus ou moins heureuses, théâtre, mouvement fondamental, chants et jean passe, elle parvient à dompter ses colères, son irritabilité et sa trop forte autorité naturelle qui ne cède à aucune supplique. A plusieurs reprises notre amitié a été mise en danger par son insistance à vouloir me faire partager ses convictions… Mais elle est toujours là et pour longtemps je crois et je ne lui en veux pas de mettre les pieds dans le plat plus souvent qu’il ne le faudrait.
C’est vrai que ce petit coin de Cévennes est un réel paradis, loin de tout, plongé en pleine nature, il permet de se ressourcer voire d’entrer en communion avec un environnement qui sait se faire amical en été. Il n’en va sûrement pas de même à chaque saison.
Nous n’y avons passé qu’une seule journée et je dois avouer que le souvenir que j’en garde est de l’ordre du merveilleux. Le gardon tout calme lorsqu’il longe le village et qui se fâche dans les cascades pour ne laisser que de vagues cuvettes d’eau chaudes sur les terrasses de rochers gris. Les petits sentiers escarpés et caillouteux. La lumière à travers les chênes verts et les châtaigniers centenaires qui éclabousse les ruelles comme au septième jour. La treille si fraîche où l’on se réfugie au retour de la baignade.
Baignade qui nous fut interdite, ce jour là, pour port de maillot de bain totalement prescrit dans le village…
Violaine et François en on fait leur unique lieu de villégiature. A chacune de leur vacance, ils clouent, parquettent, débroussaillent. Ils reconstruisent le pont chaque printemps. Ils se font des amis parmi les autochtones et les quelques autres allumés du coin, artistes, musiciens ou peintres en recherche de vérité…
Nous, nous avons été heureux de partager un de leurs instants mais aucun d’entre nous n’y est jamais retourné. Trop rustre, trop dépouillé. Pas d’eau courante, encore moins d’eau chaude, pas de commodités, on se lave dans le gardon, et bien que nous ne recherchions ni le luxe, ni le confort pour nos vacances (le camping nous va très bien), le Bastidon c’est vraiment trop rustique et trop retiré.
Merci à vous Violaine et Jacques(1) grâce à qui, si l’envie folle nous en prenait, nous pourrions nous retirer là-bas autant qu’il nous plairait.
Dieu nous en préserve !
Lapsus qui veut que j’aie donné à François son véritable prénom. Je sais qu’il ne m’en voudra pas au contraire. Hommage prémonitoire. Jacques est parti mardi après-midi. Malade depuis six ans presque jour pour jour. A bout de force sans jamais avoir baissé les bras puisque Dimanche, il disait encore à Violaine qu’il avait peur de ne pas pouvoir aller au Bastidon cette année !!!
Où que tu sois en ce moment, Jacques, je te demande de protéger les tiens et de rester près de nous. A tous nos bons moments, aux moins bons et à tout ce qui a fait de nous des amis. Le chemin que nous avons fait ensemble a toujours été parsemé de chansons, de questions avec ou sans réponse, d’intensité et d’amitié. Heureuse de t’avoir rencontré
.
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