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Le Mont Darfer

Le Mont Darfer d'Ejiom Suel à lire sans modération.

En vente chez ediivre.com

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Le petit nouveau "Au bout du compte"

né le 24 janvier 2011

chez edilivre.com  

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Marie Cholette, écrivaine et poète

Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 06:24

Le boiteux et son chien

Je ne vois que leurs silhouettes qui s’éloignent

d’une lente démarche qui détonne avec la vivacité solaire

pansu d’une carrure imposante il boite de la jambe droite

son dos voûté pesant prenant appui sur sa main droite

qui transfère le poids sur sa canne qui tremble

le bégaiement de ses pas son pardessus gris défraîchi

s’apparentent aux HLM qui vont dans la même direction

que lui

 

à ses côtés un petit chien sans ressources

qu’il retient avec une longue laisse vieillie

avance péniblement

à la même vitesse que son maître

il boite de la patte gauche

ses pas allant bégayant sur la chaussée

 

mon regard claudiquant

de ce couple uni dans le même silence

la même faiblesse le même abandon

ne peut plus se détacher

 

finalement en tournant le coin au bout du trottoir

ils ont laissé à leur solitude à leur vide

mes yeux

 

© Marie Cholette, le 9 mai 2011. Tous droits réservés.

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Lundi 2 mai 2011 1 02 /05 /Mai /2011 15:17

Rivière Olomane si sauvage si grande si fière

couverte de peinture ocre

telle un cheval ruant de l’ensemble de tes rapides

afin de faire tomber dessus ton dos

toi mon indocile

les canotiers imprudents

qui t’ont enfourchée

sans te connaître suffisamment

 

Rivière Olomane tant de tes écosystèmes

réduits à n’être que de faibles échos

de la truite mouchetée qui sautait abondante

au-dessus de tes eaux

telle des arcs-en-ciel poissonneux

 

réduits à n’être que de faibles échos des plongeons

de leurs trémolos leurs plaintes leurs ioulements et

ululements

 

tu as été victime d’un détournement de rivière

ma Olomane aux yeux bleus

enlevée des bras de la nature

 

ta forêt boréale qui te bordait chaque nuit

après que l’ensemble de ses épinettes noires

de ses pins gris t’aient saluée en enlevant de dessus

leur tête leur capeline d’oiseaux

composée d’autant de fils aériens reliant entre eux mésanges à

tête brune et parulines à tête cendrée

bruants des marais pics maculés et quiscales rouilleux

viréos à tête bleue et viréos de Philadelphie

ne peut plus à plusieurs endroits

victime de déforestation

venir te dire bonne nuit

 

sans le savoir ta forêt boréale

coupée jusqu’au tronc

libère du sol qui la nourrissait

tel un placenta un fœtus

ce mercure empoisonneur de touladis

de truites de saumons d’ombles de fontaine

et d’ombles chevalier

 

barrages hydroélectriques

qu’avez-vous à répondre

si ce n’est par un mur

à l’ultime remontée des saumons

en leurs frayères

afin de se reproduire au pays même de leur naissance

et d’y mourir

qu’avez-vous à répondre

à la forêt privée de son panache d’arbres

aux orignaux aux caribous empanachés

et à l’étendue de leurs ravages ravagés

qu’avez-vous à répondre à Boréal aux Esprits

s’ils n’ont plus de forêts sur qui régner

qu’avez-vous à répondre à la gente ailée

si elle n’a plus d’endroit pour se poser

plus de nids pour nidifier

plus de maisons pour ses nichées

plus de pays et dépaysée

 

qu’avez-vous à répondre aux ruades des rapides de la Olomane

qui se refusait à être harnachée

qu’avez-vous à répondre aux communautés innues

qui sans cesse s’y abreuvaient de sacré

 

© Marie Cholette, le 26 avril 2011. Tous droits réservés.

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Mercredi 13 avril 2011 3 13 /04 /Avr /2011 10:57

 « Qui ne fait siens tous les génocides, n'en fait sien aucun ». Charles Aznavour                                                                  

Peuples d’hier d’aujourd’hui et de demain

entassés dans les marges invisibles de l’Histoire

humiliés arrachés en vos racines

dans l’ensemble de leurs ramifications

dont les rameaux ont été coupés

lors des tueries en masse de chacune de vos naissances bourgeonnantes

tels un ciel condamné à avoir ses planètes tranchées à la jugulaire

tels des oiseaux sans ailes condamnés à marcher sans fin

je suis génocidée en chacun de vous

 

peuples génocidaires au tranchant aiguisé

peuples génocidés génocidaires à leur tour

je suis avec vous victime et bourreau

je suis femme stérilisée par vous et stérilisant à son tour

et avec le peu de matériaux épars qu’il reste de moi

je me sculpte me relève et me mets debout

je retranche de mon corps de mon esprit tels un ensemble de statues

les aspérités de l’impunité du silence de l’indifférence

sans en voir en bon statuaire qui achève son travail

l’aboutissement

 

peuples dont les repousses apparaissent lentement

à la surface de la terre

comme après un incendie de forêt

peuples à vol de terre qui lentement l’un après l’autre

commencez une reconnaissance de ce vous êtes

à vol d’oiseau

je nais à chaque épisode de vos renaissances

 

© Marie Cholette, le 8 avril 2011. Tous droits réservés. 

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Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 10:36

Quand la poésie se met à parler de la révolte humaine... MAGNIFIQUE !

Peuples à voilure déployée

 

Peuples j’ai vu en vos gestes déployés comme voilure

des corps prendre la parole des corps danser faseiller

telle une foule amarrée qui a brisé les filins d’acier qui la retenaient

au port

vos voiliers se pressent les uns contre les autres jouent à

saute-mouton avec les vagues

 

vos gestes et vos mouvements enfouis si longtemps dans le cimetière

de vos vies rêvées

vous les sortez l’un après l’autre de leurs tombes

seule l’espérance aura empêché qu’ils ne meurent faute de bras de mains

de têtes de jambes à habiter

 

soudain vos corps s’emparent comme s’ils les volaient

des mouvements retirés des boules à mites des garde-mouvements

des gestes des garde-gestes que des gardes du corps retenaient sous scellés

une fortune de chorégraphies s’accumulait à l’écart de votre esclavage forcé

 

les danses se pliaient malgré elles aux ordres des grands

regrettant de ne pouvoir s’afficher colorées aux bras des simples gens

 

des foules des foules innombrables de danses ont rejoint maintenant

la compagnie corporelle des exaltés des rues

des milliers des milliers de bouches réapprennent à se servir

des mots s’enfargent dans les phrases courent et tombent entre leurs bras

la joie ressort des tubes pressés du langage comme couleurs à verser

sur des toiles immenses

 

la joie sans retenue s’étend sur le tableau sans cadre du jour

la joie explose de sa batterie de feux d’artifice

posés sur les rebords de la nuit

les étoiles sont là pressées les unes contre les autres

je ne les reconnais plus mêlées à la multitude

le ciel à la terre s’est substitué le temps de la fête

 

et moi à vos foules en liesse j’accours

 

© Marie Cholette, le 3 mars 2011. Tous droits réservés.

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Samedi 19 février 2011 6 19 /02 /Fév /2011 09:43

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À bout portant je te vise d’amour en plein cœur car je suis la tireuse à gages de ta présence

loin de tomber vers l’arrière sur le sol je te vois vivre par surcroît et grandir en moi-même au sommet du jour et de la

nuit palpiter la joie d’ailes entrouvertes dans le creux du nid de mon épaule

le soleil a soufflé les chandelles arc-en-ciel de ton anniversaire en son couchant

dont nos regards enfantins se délectent autour de la table bien mise

 

à bout portant je tire je t’aime je tire et je t’aime sans ne jamais rater ma cible et tous ces je que tu as été jadis

s’évanouissent de bonheur en mes bras ouverts se profilent les uns à côté des autres

de ton enfance jusqu’à maintenant

tous les humains sont là entre mes bras

 

à perte de vue je te vois à perte d’ouïe je t’écoute à perte de mots je te parle à perte de toucher je te fais

râler jusqu’à l’extase à perte d’odorat je te respire en tes travées de blé en ces champs de ton cou où à te ramasser

à chacune de tes fleurs sauvages je perds haleine

de l’héliotrope de la marguerite du pissenlit du muguet printanier à l’orée de ta langue vers lequel je me penche doucement

pour ne pas blesser leur blancheur la fragilité de leurs corolles

 

mon amour tu ne finiras jamais

toi qui rassemble en ton être les enfants les hommes et les femmes de la terre

je te mets à vie à chaque seconde qui passe

les bourrasques de l’instant prennent en vent dans l’éternité fluviale de nos chevelures envolées

je te cours sur toute ta longueur corporelle et ta main se referme sur moi afin que je m’y repose un peu

 

je n’aurai jamais le temps de parcourir l’ensemble de tes systèmes solaires

tous tes continents tes mers tes océans et ton fleuve Saint-Laurent

je me baigne en tes eaux lumineuses je clapote avec toi au bord des berges

je me brise avec toi nos embruns nos écumes emmêlés

sur les sables offerts et nus

 

je rassemble les peines humaines aux pieds mouillés au bord de mon amour

les enveloppe d’une couverture

après les avoir secourues à l’aide d’une vedette rapide et légère

telles des réfugiés en des barques d’infortune

avant qu’ils ne se perdent dans les flots

et les yeux clos les prends contre mon corps

sans ne jamais interrompre mon étreinte

 

je manifeste avec toi à bout portant de tendresse je manifeste avec toi à foules immenses

je manifeste avec toi de mille chants de mille voix main à main reliés

en ces lieux mon amour marqués dans nos cœurs d’une empreinte indélébile

là où les premières allumettes de la liberté en craquant sur la dureté du sol se sont enflammées et s’enflammeront dans les temps à venir

 

© Marie Cholette, le 18 février 2011. Tous droits réservés. 


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Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 07:43

 

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A ciel joie 

Avant de geler lors de la blanche saison les érables entonnent le chant du vitrail or frappé par la lumière le chant du vitrail rouge frappé par un coucher de soleil orgiaque qui s’en donne à ciel joie lors de l’étalement sur la table dressée de la fin du jour de ses pinceaux de ses palettes de couleurs

 

les érables en chœur font résonner les verts les oranges les jaunes les bruns et les rouges tels des gongs tous ensemble la même note tenue les couleurs tiennent la plus haute note vive au sommet de leur vibrance et dans ces tintements de vitraux ces prismes vivants ces aurores boréales épanouies en pleine nuit

 

nos regards mon amour souvent évanouis nos sens mon amour visage blême les jambes tremblantes

 

maintenant c’est moi qui t’envisage dans ton automne qui me parle encore davantage je te contemple comme je n’ai jamais rien contemplé et chacune de tes années s’offre à moi visible sur ta peau dans tes yeux dans ce silence serein que tu as réussi tel un sculpteur à dégager de blocs informes de souffrance de passages amicaux et amoureux tels des mouvements de symphonies qui se sont inscrits sur les partitions de tes veines noueuses de ton enfance dont tu as su sauvegardé les moments forts et qui te reviennent dressés comme des bastingages au-devant de toi lorsque tu pourrais perdre pied

 

je t’ai vu ramasser et coller sur tes branches en jetant des coups d’œil rapides autour de toi dans l’espoir de passer inaperçu de tes feuilles d’enfance et d’adolescence tu en as joué les couleurs jusqu’à ce qu’une centaine de mésanges vienne s’installer sur toi pour former un dortoir à l’orée de la nuit blotties les unes contre les autres

 

et je suis une de ces mésanges de ta vie une de ces hirondelles des sables que tu as collectionnées du regard à l’envie tout comme une des oies blanches qui continuent à avancer de la puissance de leur étrave dans les eaux du ciel à pleine volée en faisant entendre et résonner les cloches joyeuses de leurs jappements répétés

 

une de ces oies blanches je resterai auprès de toi vaste comme des ciels à des ciels attachés

libre d’aller et de venir

libre de t’aimer là et ici

outre-tombe et outre-vie

 

© Marie Cholette, le 13 février 2011. Tous droits réservés.

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Dimanche 6 février 2011 7 06 /02 /Fév /2011 09:04

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Une vague m'échoue sur les battures du présent le jusant

me retire en mon enfance près du filet à rapiécer de mes

souvenirs loin de moi s'entretient la foule du couchant la

lune ronde se cogne aux murs étroits du soir aveugle elle m'a

effleurée dans l'immense solitude

 

j'en reste tremblante dans l'oubli des marées

   là je crois est mon éternité

 

 

© Tiré du recueil de poèmes de Marie Cholette intitulé « Chorégraphies ». Québec,

Les éditions Au long cours, collection Poésie, 1989, p. 79. ISBN 2-9800664-1-9.


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Mardi 1 février 2011 2 01 /02 /Fév /2011 08:16

 

Âme désaccordée

Image-11-copie-3.png Je n’ai jamais rien su du vent à part sa force l’éclatement des brisants la fuyance du nom sa dérive sur le fleuve du regard et de la main la déroute de l’œil et du geste

 Le corps se stylise au bord de la grande marée sur le peu de sable de l’estran qui lui reste

une statue devant l'emportement des eaux

 

Sur cette portée verticale des notes liquides des notes d’écume au passage s’accrochent des blanches des croches des noires des doubles-croches

 

Oh corps désaccordé piano maritime béluga agonisant abandonné à l’écart du souffle puissant du fleuve la furie de la mer joue l’éternité et les cymbales les timbales du nordet à rendre folle

 

L’angoisse on dirait suspendue au tangage de l’air face au regard fixe du temps et le souffle se cherche une issue jusqu’aux lèvres le vent comprime le visage

 

L’étouffement bleu guette comme une légère étoffe secouée garrottée au cou de la statue et plus loin un empan de mouettes virevolte

 

© Tiré du recueil de poèmes de Marie Cholette intitulé « Chorégraphies ». Québec, les éditions Au long cours, collection Poésie, 1989, p. 75. Tous droits réservés. ISBN 2-9800664-1-9.

 

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À Knokke, en Belgique, la sculpture de Jean-Michel Folon, « La mer, ce grand sculpteur », 1997. 


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