Le Mont Darfer d'Ejiom Suel à lire sans modération.
En vente chez ediivre.com
Le petit nouveau "Au bout du compte"
né le 24 janvier 2011
chez edilivre.com
Pierre est là !
Il es triste, me trouvant trop heureuse !
Il craint pour mon retour !
Au poète, il en veut de ne m’avoir pas dit, qui il était vraiment …
J’avais bien deviné, m’étais trompée pourtant !
Et il m’a tout volé, mon histoire et ma
vie.
Je lui ai même laissé, ce goût et cette envie de partir loin d’ici !
Higerel !
Ne l’ai point reconnu, éloignée que je suis de tout ce qui se fait, de tout ce qui se dit…
Je connais des chansons, je sais quelques poèmes, mais n’avais jamais vu ce visage, qui même sur les affiches fleurissant de partout, ne ressemble en rien au regard si doux, au sourire, au…
Mais à quoi bon rêver, et Pierre le sait bien, je me suis fait voler, me reste mon chagrin…
*****
Toc toc toc ! On frappe !
Trop prise par ma peine, ne pense pas à répondre.
A nouveau trois coups secs contre la porte sombre.
C’est Pierre qui se lève pour tirer le battant
« Que la casquette lui va bien en ce crucial instant !
C’est alors que l’image d’un homme se dessine. Non, pas d’un homme, un poète, je le devine en voyant cette main qu’il tend déjà vers moi, ces vêtements si simples, le son de cette voix qu’un tout petit accent vient égayer narquois …
- je reviens te chercher, me dit-il
simplement. Je voyage beaucoup, si tu aimes le vent,la pluie et le soleil aux abords des chemins, parcourons-les ensemble et donnons-nous la main !
Ejiom Suel.
- Ne serais-je pas seule sur cette île déserte ?
- Aurais-tu par bonheur, toi aussi, fais naufrage ?
- J’ai bien failli mourir avant que d’arriver au creux de cette plage ! Mon bateau a coulé, happé par une sirène !
- Ne pleure plus moussaillon, serai ton capitaine , au gué, au gué, serai ton capitaine !
Il me prend par la main, m’aide à me relever…
- Hissons haut la grand’voile. J’ignore tout des parages.. Connaîtrais-tu un port où déposer bagages ?
- A quelques pas d’ici, j’ai loué une amarre. Nous y s’rons à l’abri de tout ce tintamarre !
Il est grand, pas très beau, mais son regard pur et si plein de rivages, me plaît ! Je m’y sens bien, je m’y sens en voyage. Autour de son visage, des boucleus de soie tombent avec harmonie. La moustacheu parfois révèle l’ironie que ses yeux malicieux en clignant me dévoilent. Un homme charmant, non pas un homme, un poète, je le sens ! Je le sens au contact de sa main, souple, qui attrape mon bras, à sa démarch’flottante, à ses vêteuments simples, à sa voix, qu’un tout petit accent vient égayer narquois …
Au revoir rà toi Pierre, que j’aperçois d’ici, en pleineu discussion avec quelqueu zamis. je te laisse poursuivre cetteu belleu soirée, sans oublier tout’fois de te remerciier de m’avoir forcée à t’y accompagner, puisque ça m’a permis, bonheur inespéré, de rencontrer un prince dont les yeux ont déjà su éveiller mon coeur et fait poindre ten moi une vagueu de bonheur, un élan de tendresse… Et bientôt je frissonne sous la douceu caresse de ce regard clair qui m’env’loppe et m’emporte au coeur de l’univers dont il ouvre les portes…
(un peu longuet comme phrase mais c’est pour montrer la douceur qui enveloppe les deux personnages de laquelle ils ne vont plus avoir envie de sortir. j’esplique au cas où. c’est comme les terminaisons en eu ou les liaisons accentuées, c’est pour les rimes… Maintenant que vous avez pris l’habitude, je vais continuer normalement)
- Aurais-tu par bonheur, toi aussi, fais naufrage ?
- J’ai bien failli mourir avant que d’arriver au creux de cette plage ! Mon bateau a coulé, happé par une sirène !
- Ne pleure plus moussaillon, serai ton capitaine , au gué, au gué, serai ton capitaine !
Il me prend par la main, m’aide à me relever…
- Hissons haut la grand’voile. J’ignore tout des parages.. Connaîtrais-tu un port où déposer bagages ?
- A quelques pas d’ici, j’ai loué une amarre. Nous y s’rons à l’abri de tout ce tintamarre !
Il est grand, pas très beau, mais son regard pur et si plein de rivages, me plaît ! Je m’y sens bien, je m’y sens en voyage. Autour de son visage, des boucleus de soie tombent avec harmonie. La moustacheu parfois révèle l’ironie que ses yeux malicieux en clignant me dévoilent. Un homme charmant, non pas un homme, un poète, je le sens ! Je le sens au contact de sa main, souple, qui attrape mon bras, à sa démarch’flottante, à ses vêteuments simples, à sa voix, qu’un tout petit accent vient égayer narquois …
Au revoir rà toi Pierre, que j’aperçois d’ici, en pleineu discussion avec quelqueu zamis. je te laisse poursuivre cetteu belleu soirée, sans oublier tout’fois de te remerciier de m’avoir forcée à t’y accompagner, puisque ça m’a permis, bonheur inespéré, de rencontrer un prince dont les yeux ont déjà su éveiller mon coeur et fait poindre ten moi une vagueu de bonheur, un élan de tendresse… Et bientôt je frissonne sous la douceu caresse de ce regard clair qui m’env’loppe et m’emporte au coeur de l’univers dont il ouvre les portes…
(un peu longuet comme phrase mais c’est pour montrer la douceur qui enveloppe les deux personnages de laquelle ils ne vont plus avoir envie de sortir. j’esplique au cas où. c’est comme les terminaisons en eu ou les liaisons accentuées, c’est pour les rimes… Maintenant que vous avez pris l’habitude, je vais continuer normalement)
*****
Nous sortons !
Que vais-je découvrir auprès de cet homme qui me prend par le bras ? Dès lors, je retiens mon souffle, émue, consciente de l’importance des minutes à venir, minutes historiques qui peut-être…
*****
Et nous avons refait le chemin à l’envers. Partant de chez Lumbro, pour un autre univers. Et nous avons marché dans la rue enneigée où nos pas maladroits tentaient de nous mener. Et je me suis blottie sous son aisselle chaude, où, le temps du voyage, je rêve, je baguenaude… Dès que nous arrivons dans mon antre douillet, que seule une bougie, de sa flamme éclairait, le poète, si cher déjà à mes pensées, s’assied sur mon lit et se met à fixer l’image de ce monde où j’ai peu voyagé mais qu’il semble connaître comme si il y était né !!! Son regard, parfois, s’allume d’un sourire dont j’aimerais pouvoir lire le souvenir, l’image qui s’éveille à la vue des pays, des villes, des océans qui sont notés ici.
Nous buvons sans rien dire, un bon café brûlant, nous réchauffant des yeux tout en le dégustant. Un long moment s’en suit, où nous restons assis, apprenant plus de nous et de nos coeurs transis qu’avec cent histoires ou avec mille mots qu’il eut fallu chercher pour se donner l’écho . Puis nous sommes partis pour un autre rivage. Sans s’en apercevoir. Comme on tourne les pages d’un livre si prenant, qu’on le parcourt d’un trait, chapitre après chapitre, sans en levez le nez ! Dès lors que sur la terre nous sommes de retour, son regard à nouveau m’enveloppe de velours. Hypnotisme de douceur, curiosité d’un coeur. Il veut tout savoir. Où je ris, où je pleure, où j’en suis dans la vie, ce que je veux y faire ? Pourquoi ce soir, là-bas, étais-je si solitaire ? Qu’étais-je venue chercher dans cette désillusion où traînent tant de paumés gonflés comme des ballons ? Etais-je de Lumbro une amie “attitrée” ? Un voile d’inquiétude dans son regard naît ! Plus soucieux que personne, pour moi, ne le fut jamais ! Et je me laisse aller à mille confidences, entrecoupées parfois, par de très longs silences dans lesquels mon esprit réalise soudain que pour la première fois, on me donne la main… Un homme est près de moi, non pas un homme, un poète qui est là, qui m’écoute ! L’attention qu’il me prête n’est ni feinte, ni trompeuse, ni même intéressée. Je sais que mon histoire l’émeut, le satisfait ! Il rit, il s’attriste, parfois même se révolte aux faits que je lui dis, aux phrases que je rapporte ! Les heures passent et s’écoulent et moi je continue à parler, je me vide, je mets mon coeur à nu. Qu’il est bon pour un soir de renverser les rôles, de le voir là, rêveur, prêt à prendre l’envol. Habituée à piquer aux autres leurs histoires, il me plaît pour une fois de faire le miroir. mais les heures ont passé et ont coulé trop vite, déjà le point du jour et le poète hésite… Mais il lui faut partir (une muse doit l’attendre). Me laisse sur un baiser, un regard si tendre… Avant de s’en aller de sa main il griffonne un tout petit poème, flocons qui tourbillonnent… Et dans ces quelques vers, il me dit un amour. Il me dit qu’il faut croire aux choses comme j’y crois, ne jamais écouter sonner les contre-voix. Qu’il aimerait me garder toujours auprès de lui et qu’après les voyages, si jamais je m’ennuie, laissera grand’ouverte la porte de son coeur où je pourrai venir rechercher mon bonheur qu’en cette nuit étrange j’ai laissé en caution.
Et il s’en va doucement avec mille précautions !
Le home du non moins succulent lumbro, artiste par accident, je présume, est planté aux abords du jardin des pierres,à quelques dizaines de mètres de la gare, pas très loin du nouveau centre hospitalier, juste en face de la statue des quatre vents, pour tout dire et ne rien n vous cacher, à trente bonnes minutes de chez moi à condition de bien vouloir s’y rendre à pied .
Trente-trois minutes plus tard, (qu’est ce que je vous avais dit!) nous arrivons enfin devant le porche de l’immeuble où loge le plus connu des artistes de notre petite ville de province à qui la population tout entière rend hommage ce soir. Les trois fenêtres du premier brillent de sa gloire Ô combien méritée ! Je l’ai connu à l’époque du lycée et déjà, je peux en témoigner, c’était un bon à rien. Aussi, je reconnais qu’il n’aurait pu choisir meilleure voix, pardon, meilleure voie que celle de la chanson ! Il chante faux, c’est entendu, (ça s’entend même immédiatement) mais avec une telle fougue et une telle sincérité qu’il serait malveillant de lui en tenir ombrage !
Quel poète que cet ancien fils de mécanicien !
Qui, dis-moi, qui a su mieux que lui porter haut l’art populaire ? N’est-il pas parvenu de sa seule plume à faire rimer divine d’avec solexine !
Mais jusqu’où ira-t-il notre Beaudelaire de la Camboui’s Generation ! Où je vous l’demande ?
Malheureusement le temps ne m’est pas donné d’attendre la réponse. Déjà, Pierre pousse la porte de l’appart de notre King ganou !
Nous entrons !
Qu’allons nous découvrir ?
Dès lors, je retiens mon souffle, consciente de l’importance des minutes à venir. Minutes historiques qui peut-être m’offiront de toucher le Maître des lieux !
Mon coeur bat à se rompre !
J’hésite !
Pierre, partons ! M’écriè-je au bord de l’évanouissement.
Non Cat, nous restons !
Oh Pierre, que n’as-tu été auprès de moi depuis toujours !
Arrête de déconner ! Viens !
J’ignorais en cet instant ce que me réservait la soirée et confiante, je déposai ma petite main au creux du coude de mon ami. Seul et véritable ami dont il me semble avoir déjà parlé quelques cinquante-quatre lignes plus haut.
Pierre ! Me resclaffè-ge alors. Que ne t’ai-je pas eu à mes côtés depuis plus longtemps que ça encore ?
Une ombre d’inquiétude assombrissait soudain son visage de guerrier romain.
« Que la toge lui allait bien ce soir ! »
Je l’adorais, alors, et j’étais prête à me donner à lui , ici même, sur la moquette de l’entrée, sans autre préambule. Mais, ma bonne éducation (c’est heureux) repris vite la place qu’elle méritait et de fait, je me ressaisis sur le champ ( d’honneur si il en est !)
*****
Déjà plusieurs dizaines de fans, amis ou autres parasites de tous poils, s’égaillaient au hasard des trois pièces-cuisine du palais de notre hôte. Je reconnaissais Marion ,Cedric, Gladis (des facards en puissance), tiens! Stéphane en était aussi ! mais quel pied ! Quelle orgie de bonheur ! Et j’hésitais à venir ! Sottise quand tu nous tiens que ne nous ferais-tu pas manquer ?
Bref ! J’y étais, mais où, au fait ? Ah oui, à cet instant crucial où Pierre me proposait le creux de son coude afin que j’y dépose ma gracieuse menotte. C’est alors seulement qu’un doux sourire éclaircissait son beau visage d’enfant.
«Que le bob lui allait bien , ce soir !»
Subrepticement, je l’attirais dans un coin sombre de la galerie des glaces, en l’occurrence le couloir de la salle de bain de notre star dont, inutile de le préciser, la seule luminosité suffisait à éclabousser de lumière l maison tout entière.
- Pierre, sincèrement …
- Oui ?
- Tu ne crois pas qu’on serait aussi bien chez moi ?
- Sois patiente …
- Mais tu es aveugle ! On n’a rien a foutre ici. Pas moi, en tout cas ! Regarde…
- Non, justement, c’est ce qu’il faut éviter, les regarder ! Ils ne sont là que pour ça ! Par contre, si tu effaces tous ceux qui te gênent, il en restera deux ou trois de visibles et c’est ceux-là qu’il ne faut pas manquer !
C’est alors qu’une lueur d’intelligence inondait sa blanche chevelure d’intellectuel !
«Que le bicorne lui allait bien ce soir !»
- Allez, viens ! me dit-il sans plus de préambule que je n’en aurais mis il y a de cela quelques minutes à peine à m’étendre sur la moquette, si ma bonne éducation n’était venue à temps me rappeler aux us et coutumes de la région…
Nous parcourûmes ainsi, au gué au gué, deux ou trois kilomètres, c’est ce qui me semble du moins, tant le chemin qui devait nous conduire à “la gloire” me parut long et parsemé d’embûches … Sylvette fut la principale, me volant, quelle ingrate, mon unique point de repère ! Telle une tornade, que dis-je, une furie, elle s’abattit sur nous, laissant éclabousser sa joie à nos tympans fragiles, en mille éclats de voix aux paroles débiles !
Mais je passe, car ce serait lui donner trop d’impact que de plus longtemps m’étendre sur son inénarrable conduite ! me faire ça à moi ! La fidèle compagne de l’académicien dont il me semble avoir parlé quelques vingt-deux lignes plus avant !!!
Toujours est-il que je me retrouvais seule dans cet océan humain dont les vagues déferlantes me happèrent pour m’aller rejeter sans douceur jusqu’au fin fond d’une crique déserte où même les rayons de la lune n’était jamais venus !
Echos lointains d’une fête étrangère où mon humeur se heurte. Recoins sombres de mon ennui . Mots qui frôlent mes tympans sans même éveiller mon ouïe. Bruits sons, visions d’un monde d’où je m’extraie, qui me rejette. Trop fort, trop cru, où même le rêve se tue. Rien dans ce tableau qui porte à l’évasion. Rien qui e me fasse vibrer. Tout est lisse, vide, plat et jaune comme le frottis d’une toile du désert. Puisqu’il me faut, pour un instant encore (pour un instant seulement) demeurer en ces lieux, je préfère abaisser mes paupières. Que faire d’autre dans cette comédie dont le sens m’échappe et d’où je tente de me soustraire. Adieu donc, je me meurs. je m’en vais loin de vous, incapables que vous êtes de me faire rêver. je veux vous ignorer et mettrai toutes mes forces à vite vous oublier !
Trois coups. Toc toc toc !
Trois coups frappés contre ma porte me ramènent sur terre.
Pas la peine d’ouvrir pour savoir de qui il s’agit. C’est sa façon à lui de se présenter, toc, toc, toc…
C’est un type à part, Pierre. Un mec différent. Un ami, un frère, un gosse, un amant, ni l’un ni l’autre, c’est Pierre, c’est tout !
- Tu dormais ? J’te réveille ?
- Non !
- Parfait ! Tu t’habilles, on va chez Lumbro !
- Ah bon ?
Il est trempé, il pose son manteau sur le dossier de ma chaise, il n’a pas le choix je n’en ai qu’une !
- T’as rien trouvé de mieux ! Tu sais bien que j’ai horreur de ce type !
- Aucune importance. Il ne sera peut-être même pas là .
- Désolée, je n’ai pas envie de sortir!
- Et moi, j’ai envie de t’emmener !
- Alors, on reste ici et on y va ensemble …
- Pas ce soir ! Ce soir, tu me suis. C’est la première fois que je te vois lâcher prise. Je ne serais pas honnête si je te laissais tomber. Je viens de rencontrer Sylvette, elle m’a invité, on y va !
Pourquoi alors, tout à coup, je me lève …
- Bon d’accord pour Lumbro, mais qu’est ce qu’on va y faire ?
- La fête ! Il passe au palais des sport en première partie d’ Higerel. Après il reçoit les copains. Y aura un tas de mecs très bien.
Le temps de remettre mes fringues, (j’y serais bien allée en pyjama, mais connaissant l’esprit des gens que je vais côtoyer et la connerie dont ils savent si bien faire preuve en matière d’originalité vestimentaire, il se pourrait fort bien que je tombe sur une nana qui ait le même que le mien !), aussi, préfèrè-je passer un pull et un jean tout ce qu’il y a de plus simple, des bottes sans beaucoup plus de prétention et une veste en gros lainage histoire de me protéger des froidures hivernales.
Je me sens, alors, prête à affronter cette délicieuse soirée .
Résumé : nous avions
laissé Cat, l'héroïne, en proie à un questionnement insoutenable, face à la proposition (honnête) de Pierre!
Qu'en adviendra-t-il ?
Lisez la suite et vous saurez peut-être où toutes ses réflexions emèneront notre jeune amie.
2ème pisode.
C’est avec soulagement que je referme la porte de mon appartement. Je suis trempée, j’ai froid. Je me jette sous une serviette, la tête en bas, je frotte, je frotte mes cheveux très fort,
jusqu’au vertige. Quand je me redresse, j’ai l’impression (on dit que la première est toujours la bonne) de retrouver un certain équilibre… Comme quoi, tout est relatif ! Mais ce bel élan
d’optimisme est de courte durée. Le temps que mon regard se pose sur le miroir au-dessus du lavabo et me voilà à nouveau plongée au plus profond de la déprime.
C’est moi, ça ?
Un coup de brosse. Je me force alors à fixer l’image qui me fait face. Je suis maso , sans aucun doute ! On dirait une souris, ce petit nez pointu, ces petits yeux noirs… Plus je me regarde et plus j’ai envie d’un morceau de gruyère !
Tiens, si je la changeais cette image ! Si je lui donnais un coup de neuf, histoire de… Les cheveux ! Oui, je pourrais éventuellement les raccourcir. D’une main, je les maintiens derrière ma nuque et de l’autre je repousse la frange. Pas mal ! Ou alors, le genre Kate Bush, tout ébouriffé, en pétard ! Non, impossible, un brushing tous les matins… Pas mon genre !
Moi, ce serait plutôt la Liberté avec un grand L. Qu’il s’agisse de ma coiffure ou de ma ligne de vie : « Vas où le vent te mène»
Finalement, à bien y réfléchir, vous êtes bien ainsi, mes cheveux adorés, je ne vous couperai, ni ne vous friserai ! Votre longueur me sied ! Me permettant d’être, un jour petite fille en vous nattant, le lendemain, étudiante sérieuse en posant deux barrettes aux mèches du devant ou encore sportive, grâce au bandeau d’éponge, ou bien tout simplement, rester Cat sans rien vous imposer que le souffle du vent !
Si tôt dit, si tôt fait, les voici qui s’envolent d’entre mes doigts glacés et dans un souffle d’aile sur mes épaules frêles reviennent se poser .
Bon ! Assez déconné ! J’en oublierais presque que j’ai le cafard …
C’est pas sérieux tout ça !
Un dernier coup d’oeil à la glace… Tiens, c’est déjà moins critique !
Vite, j’éteins la lampe et je quitte la salle de bain pour aller m’étendre sur mon lit d’où j’ai une toute autre vue, et beaucoup plus intéressante, celle-ci, en l’occurrence, le poster de la mappemonde que j’ai accroché à mon plafond !
L’année dernière j’avais une chambre U, pas le pied ! Aussi dès la rentrée je me suis installée dans ce petit appartement. Je suis plus libre, je me sens chez moi ! Bien-sûr c’est un peu plus loin de la FAC mais, je ne croise plus à chaque aller-retour, les mêmes têtes d’étudiants en mal de vivre ! Trop nombreux déjà sont ceux que je suis obligée de côtoyer pendant les heures de cours. Quoi de plus égocentrique qu’un étudiant, deux peu-être, mais ils se ressemblent tant qu’on pourrait croire qu’ils ne sont qu’un et ce dont je suis certaine, c’est que je ne serai jamais celui-là !
Plusieurs fois l’année dernière, j’ai eu envie de tout plaquer. Heureusement, j’ai tenu bon ! Je me suis fixée un but et quel qu’en soit le prix, je l’atteindrai ! Quelques années d’études encore et après je partirai. Les petits boulots des vacances, aucune dépense inutile pendant le cours de l’année et un pécule voyage qui grossit au fil des mois… pas une fortune mais assez pour partir chez l’habitant.. C’est comme ça que j’envisage les voyages . Travailler sur place et apprendre à connaître les gens du cru ! Quand je fixe la grande image du monde, je suis déjà partie, avec tous ces gens que je ne connais pas mais que je connaîtrai un jour ! Tous ces gens plein d’histoires et de vies à me raconter. Je me cramponne à mes espoirs, un jour je sais, je partirai et je vivrai comme j’ai toujours rêver de vivre !
Il m’arrive parfois, comme ce soir, d’avoir peur . Peur que l ‘envie me quitte, peur de prendre des habitudes et finalement, me trouver bien ici, me contenter de mes rêves … Depuis longtemps, trop longtemps, je voyage dans ma tête, dans ma tête uniquement, grâce à ceux qui , eux , ont fait les voyages avant moi et viennent me les raconter. Mais c’est sur place que je veux aller voir, sentir à plein poumons et à pleine peau l’air des pays et des hommes lointains. Ici, coincée dans cette ville grise, il me semble que j’étouffe. Mes bols d’air je les vole à ceux qui se racontent le soir entre mes draps, à tous ceux qui sont venus, que j’ai suivis, pour une nuit, pour un voyage gratuit !
*****
Quel sale temps !
Quel sale temps !
J’ai horreur de cette grisaille, partout, de cette humidité froide qui pénètre, qui se plaque sur tout . C’était si beau, la neige, ce matin. Blanche comme un duvet, comme de la ouate. C’était frais, c’était pur et voilà, voilà ce qu’il en reste ! Une boue grise, mouillée, dans laquelle on patauge et on se gèle. Je resserre ma cape autour de moi tout en tentant d’éviter les flaques qui envahissent le trottoir. Et ces voitures qui m’éclaboussent ! J’aurais mieux fait de prendre le bus ! Quoi que… A choisir je préfère encore le froid humide de la rue au climat moite qui stagne dans les cars ! Au moins, ici, n’ai-je pas à supporter le regard vide et triste des passagers !
Il me tarde d’être chez moi. Je quitterai mes fringues trop lourds qui m’étouffent. Je prendrai une douche et je me mettrai au lit ! C’est rare que je rentre seuls chez moi ! C’est rare que j’aie le cafard ! Ce soir, je ne sais pas pourquoi, ça ne va pas, j’ai envie de chialer, la vie m’attriste, elle me fait peur comme cette neige qui fond et qui pourrit…
Cat ! Cat !
Ah non, c’est pas vrai !
Cat, attends-moi !
J’hésite. Qu’est ce que je fais ?
Cat !
Je m’arrête au moment où il arrive à ma hauteur.
Cat, écoute !
Et ça y est, cette envie de chialer qui me reprends. Je repousse mes cheveux trempés qui me collent au visage.
Ben ! Qu’est ce que tu as ?
Comme toi, mon vieux, le cafard ! Excuse-moi, Pierre, mais j’ai vraiment besoin d’être seule. On se voit demain, d’accord ?
Je pars très vite après lui avoir fait une bise sur la joue. Non, pas ce soir. Pour une fois j’ai besoin d’être un peu à moi. J’espère qu’il comprendra… Mais je suis mal à l’aise, des scrupules de l’avoir planté là. Je l’aime bien, Pierre. Il est souvent paumé, il se pose des tas de questions. Un vrai gosse. Tout en marchant je l’imagine les bras ballants, déçu, triste sûrement que j’aie refusé sa présence. Peut-être même qu’il pleure ? En évoquant son visage d’enfant aux cheveux raides, ses yeux noisette noyés de larmes, je suis prête à rebrousser chemin… Mais je resserre à nouveau les pans de ma cape autour de moi et j’accélère le pas pour plus vite m’éloigner de lui. Franchement, ce soir, je pourrais pas l’aider, j’suis trop paumée moi-même …
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